Interviews
Le 25/08/2020

MIKAEL RUDY, pianiste

P.M. Aimez-vous enregistrer ?

M.R. L’enregistrement d’un concert en direct est une façon de se souvenir d’un instant du concert ; une autre façon. Un disque fait spécialement c’est un peu comme un livre, par exemple le disque de Wagner que j’ai fait, est difficile d’imaginer en concert c’est une oeuvre d’art en soi.
Quand je sens que l’interprétation d’une oeuvre a mûri j’ai envie que cela reste comme le résultat d’un travail qui est difficile à faire en concert à ce niveau là. Cela doit être un projet artistique préparé, je ne fais pas d’enregistrement de disque sur commande.
Jusqu’à présent j’ai eu cette chance de ne jamais enregistrer sur commande,
Je propose un projet qui est accepté ou pas mais c’est sur mon initiative. Cela prend des mois voire des années à préparer.

P.M. Vous avez donné des récitals où la musique avait aussi un aspect visuel. Est-ce une conception que vous avez eue depuis toujours ?

M.R. Vous savez, je me suis toujours intéressé à différentes formes d’art, à la peinture européenne et orientale aussi bien qu’à la littérature, la poésie et la philosophie et la musique dans toutes ses formes, anciennes et contemporaines et même le jazz, J’ai donné un concert avec le fondateur de Technominimal.

P.M. Effectivement vous avez donné un concert lors du Festival de Sully avec un pianiste de jazz, où d’ailleurs l’improvisation tenait une grande place.

M.R. C’est pour cela que toutes ces formes d’art m’ont toujours été familières et me sont venues aussi naturellement que la musique.

Toute ma vie j’en été entouré; d’ailleurs  lorsque je suis arrivé à Paris pour le concours, j’ai découvert une ville russe historique en rencontrant la vieille Russie, j’ai rencontré et rencontre encore des gens incroyables qui appartiennent à un pan de culture qui a été occulté en URSS et que j’ai découvert à Paris : non loin de mon domicile se trouvent les endroits  où ont habité Bounine, Remizov, Zamiatine etc…Paris et le Côte d’Azur étaient des endroits où cette culture s’est ancrée plus que dans d’autres capitales.

P.M. Le projet était donc ancien ?

M.R. J’avais cette idée, j’étais prêt,  mais à l’époque c’était assez mal vu de plus j’avais à faire mon développement personnel, ce qui m a encouragé c ‘est l’énorme  succès de la pièce « Le Pianiste » qui a été jouée 300 fois, en 7 langues et dans 12 pays différents. Cela m’a donné la conviction que les spectateurs seraient intéressés par des projets alternatifs. Bien sûr, parmi toutes les idées il y avait aussi des projets phares, comme Kandinsky et puis Chagall.

P.M. Comment s’est bâti le projet pour Moussorgsky-Kandinsky?

M.R. J’ai consulté le livre édité par la Fondation Kandinsky, les notes de Paul Klee ;  Kandinsky avait  tout réglé, quasi mesure par mesure et cela a été conservé, j’ai pu consulter des livres et documents à Munich, ainsi qu’à la bibliothèque du Centre Pompidou : ensuite il  fallait convaincre de réaliser cela.
Finalement tout s’est mis en place et c’est un spectacle qui a été donné beaucoup de fois.

P.M. Et pour Chagall ?

M.R. J’ai eu la chance de le rencontrer et je suis resté ami avec sa famille par la suite et c’est grâce à sa famille que j’ai pu avoir accès à  ses esquisses.
Chagall avait la culture russe en lui mais il est devenu français : le plafond de l’opéra est du côté français, c’est pourquoi la musique de compositeurs français qui accompagne donc ces images, s’est imposée tout naturellement.

P.M. Vous allez continuer dans cette voie de musique et projections ?

M.R. Non, il ne faut pas considérer que c’est une voie : cela reste quelque chose d’exceptionnel.

P.M.  Tout comme Chagall vous avez aussi gardé votre identité russe mais russe vivant en France.

M.R. C’est exact, et j’ai gardé mon accent !
(Crédit Photo©Marthe Lemelle)