CINEMA MUET GEORGIEN – MIROIR D’UNE NATION
RETROSPECTIVE : cycle d’une vingtaine de films
A propos
Du 4 Février au 3 Mars 2026
LE CINÉMA MUET GÉORGIEN, MIROIR D’UNE NATION
Cycle d’une vingtaine de films offrant un aperçu de la vitalité et de la richesse du cinéma muet géorgien. En présence de S. Babluani, J. Radvanyi, N. Qavtaradze, G.Kakabadze, M. Varsimashvili et G. Chomentowski.
Le 16 novembre 1896, le cinématographe débarque à Tiflis (aujourd’hui Tbilissi) et ensorcelle le public. À partir de là, le cinéma ne quittera plus la Géorgie qui deviendra l’un des foyers les plus vivants et les plus singuliers de la production cinématographique soviétique.
La vingtaine de films présentés dans cette rétrospective offre un aperçu de cette vitalité. Ils ouvrent également une lucarne sur l’histoire de la Géorgie qui fut et demeure un terrain d’influence des empires voisins.
Dès les années 1910, le mouvement de libération nationale prend de l’ampleur en Géorgie. Le cinéma s’impose alors comme un outil privilégié de transmission de la culture géorgienne.
Deux œuvres fondatrices des premières décennies du XXe siècle : le long métrage documentaire : Le Voyage d’Akaki Tsereteli en Ratcha-Letchkhoumi (Vasil Amachoukeli, 1912) D’une approche presque anthropologique, le réalisateur transforme les coutumes locales en récit filmique.
Quatre ans plus tard, Christiné (Alexandre Tsoutsounava, 1916), adapté d’un roman réaliste d’Egnaté Ninocshvili, plonge dans la vie rurale géorgienne et dépeint avec justesse les injustices sociales et les tensions humaines.
La révolution de 1917 ouvre une ère de créativité intense. Des réalisateurs comme Nikoloz Chengelaia, Mikheil Tchiaoureli et Kote Mikaberidze, enivrés par les promesses d’un monde nouveau, rompent avec le passé avec une radicalité parfois naïve. Influencés par le futurisme et le formalisme, ils dialoguent avec l’avant-garde russe et s’inspirent des tendances européennes.
C’est une époque d’audace créative : volonté farouche d’inventer un langage cinématographique révolutionnaire.
Dès 1928, le parti communiste impose le réalisme socialiste, étouffant l’élan de l’avant-garde. Le cinéma devient didactique : récits linéaires, héros déracinés culturellement et œuvres au service de la propagande, où l’art se soumet à l’idéologie.

Face à cette répression, Ma Grand-mère (Kote Mikaberidze, 1929) s’impose comme un ultime éclat avant l’écrasement définitif des expérimentations artistiques. Accusé de formalisme bourgeois et d’idéologie trotskiste, le film vaudra à son auteur les foudres du régime soviétique et mettra sa carrière à l’arrêt.
Noutsa Gogoberidze, seule réalisatrice de l’époque, ne pourra pas échapper à la déportation. Dans Oujmouri (fiction, 1934), elle ose une hérésie : que se passerait-il si les superstitions des paysans, qualifiées de « croyances arriérées », résistaient à la raison révolutionnaire ? Oujmouri oppose la malédiction, présentée comme une force inévitable, à la foi absolue des Soviétiques dans le progrès technologique. Ce film sera sa dernière réalisation, comme si la malédiction qu’elle avait filmée devait la rattraper dans la vraie vie.
Contrairement, Mikheil Tchiaoureli bénéficiera des faveurs de Staline, devenant son réalisateur préféré, contribuant à forger l’image mythifiée du « père des peuples » à l’écran. Avec Khabarda (1931), il met en scène le conflit entre l’ancien monde, et l’avènement de l’homo sovieticus . Le cinéaste dépasse la simple propagande et signe un film d’une grande maîtrise, où l’ironie et la virtuosité technique se rejoignent.
Au fil des expérimentations, les réalisateurs géorgiens lient formes nouvelles et idées modernes à une culture plus ancienne, créant ainsi une véritable identité.
La Fondation Pathé ouvre aujourd’hui ses portes à ce cinéma d’une grande richesse et lui offre une vitrine d’une ampleur inédite.(Sofia Babluani)
Informations pratiques
Adresse :
Fondation Jérôme-Seydoux–Pathé
73 Av. des Gobelins, 75013 Paris – Tel : 01 83 79 18 96